Avalokiteśvara sous son aspect Saḍakṣari 

Détrempe sur toile
Tibet (province de dBus)
Deuxième moitié du XVIIe siècle
D. 60 x 40 cm ou 23 ¾ x 15 ¾ in

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Description

Le bodhisattva Avalokiteśvara figure ici à quatre bras sous son aspect Saḍakṣari, « Aux Six Syllabes », personnification des six syllabes de sa formule sacrée spécifique (mantra) « Om maṇi padme hūṃ », « Gloire au joyau dans la fleur de lotus ». La récitation systématique de cette sentence mystique est un moyen de salut pour les dévots. Le culte piétiste entourant ce mantra connaîtra des développements de plus en plus importants avec le temps. Sous l’aspect de Saḍakṣari, Avalokiteśvara est considéré comme le protecteur du Tibet.

Le bodhisattva, assis en position du diamant, possède quatre bras. Les deux mains principales, jointes devant la poitrine, font le geste d’offrande (aṅjali mudrā). Les mains arrière tiennent le rosaire et la fleur de lotus (padma), son principal attribut.

La déité trône dans son palais de Potalaka, dans une île mythique au large du sud de l’Inde. Les bouddhistes chinois placeront ce divin séjour dans l’île de Putuoshan, dans la région de Shanghai. La résidence entourée de murs fonctionne également comme une « terre pure », paradis où les dévots du bodhisattva espèrent renaître pour une ultime réincarnation avant leur libération du cycle de la causalité universelle (saṃsara). Ce « paradis » d’Avalokiteśvara prend en fait pour modèle Sukhāvatī, la « terre pure d’Amitābha, le buddha de l’Ouest, dont le culte est attesté depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne. Sur un thang-ka du Rubin Museum de New York (inv. F 1997-4.1 Cf Mullin, 2007, p. 69, fig. 29) figure d’ailleurs devant le palais un bassin empli de lotus, transposition de « l’étang des sept joyaux » de la terre pure de Sukhāvatī.

Sur le peinture qui nous occupe, au sommet du palais, une gloriette abrite Amitābha, tathāgata dont Avalokiteśvara est l’hypostase dans le monde phénoménal.

Quatre formes secondaires du bodhisattva l’entourent ; tous tiennent le lotus padma. En bas de la composition, la déesse Tārā verte (Śyāma Tārā) garde l’entrée de la résidence divine. Dans les écoinçons supérieurs, à gauche on reconnaît le buddha suprême Vajrasattva et à droite la déesse Tārā blanche (Sitatārā).

L’œuvre, d’une grande finesse, participe de la production artistique dévotionnelle suscitée à grande échelle par le Ve DalaÏ Lama (1617-1681) après sa conquête de la totalité du Tibet en 1642, puis, après sa mort, par le régent avant la chute de ce dernier en 1705. Ici, le thème exalte donc tout à la fois les dalaï lamas, incarnations d’Avalokiteśvara, et l’indépendance d’un Tibet unifié. La résidence que le Ve Dalaï lama se fit élever à l’ouest de la capitale Lha-sa porte le nom de Potala et renforce ce symbolisme, comme le pèlerinage dans la cité sainte qui connaitra à partir de cette époque une fréquentation renouvelée.

Le style participe du nouveau sMan-bris, esthétique fortement favorisée par la cour « potalienne » à cette époque.

Provenance: Collection Béatrice Kiener, France, depuis les années 70.

Art Loss Register Certificate, ref. S00106957.

  • Mullin, Glenn H. : Buddha in Paradise. A Celebration in Himalayan Art. New York, Rubin Museum of Art, 2007.

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