Le Buddha Śākyamuni et les Buddha de médecine

Détrempe sur toile
Tibet
Fin du XVIe – première moitié du XVIIe siècle
D. 90 x 62 cm ou 35 ½ x 24 ½ in

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Description

Au centre de la composition, trône Śākyamuni, le Buddha historique, prenant de la main droite la terre à témoin (bhūmisparśa mudrā). En dessous de lui se tient Bhaiṣajyaguru et tout autour les autres Buddha de médecine.

Le principal texte Sanskrit concernant Bhaiṣajyaguru, le Bhaiṣajyaguruvaiḍūryaprabhā sūtra, rapporte comment ce buddha est né d’un vœu de Śākyamuni désireux de soigner les souffrances des créatures peuplant le monde phénoménal. Bhaiṣajyaguru règne dans un paradis, à l’est du monde, appelé Vaiḍūryanirābhāsa. Ce paradis, conçu sur le modèle de la Terre Pure d’Amitābha que la tradition situe à l’ouest, lui fait pendant de l’autre côté du monde. De nombreux parallèles avec le cycle d’Amitābha trahissent une date plus tardive de formation de ce culte.

La plus ancienne traduction en chinois d’un sūtra concernant Bhaiṣajyaguru remonterait au IVe siècle. On ignore la date de l’introduction de son culte au Tibet. La récitation du Bhaiṣajyaguruvaiḍūryaprabhā sūtra permettant aux dévots l’accès à son paradis est bien attestée au pays des neiges. On prie principalement Bhaiṣajyaguru pour l’obtention d’une meilleure santé.

Bhaiṣajyaguru de la main droite fait le geste de don tout en tenant le fruit de myrobolam, considéré comme une panacée. La carnation de la déité est bleue, de la couleur du gemme vaidūrya, identifié tantôt au béryl, tantôt au lapis-lazuli. Il est à la tête d’un groupe de plusieurs autres buddha thérapeutes. Ces personnages entourent Śākyamuni. Leur nombre varie en fonction des traditions : tantôt huit en tout comme ici, tantôt huit non compté Bhaiṣajyaguru. Leurs personnalités également sont sujettes à des variantes. La liste que l’on trouve dans les maṇḍala de Ngor (première moitié du XVe siècle), telle que la rapporte Theresia Hofer (2014, p. 272), diffère de celle des xylogravures des Trois Cent Icones (sKu-brnyam sum-brgya) reproduites Par Lokesh Chandra (1991, p. 730-732, n° 136 -144). Originellement, les Trois Cent Icones ont été gravées à Beijing à destination de l’église dGe-lugs-pa en Chine, en Mongolie et au Tibet, dans un esprit scolastique et dans le cadre d’une politique apologétique destinée à la pacification de la Mongolie. Décidée par l’empereur Qianlong (1736-1795), elle fut mise en pratique par le Grand Lama de Beijing Rol–pahi rdo-rje (1717-1778) qui en préfaça la première édition. Largement répandues, ces représentations sont devenues la norme dans la plus grande partie du monde lamaïque, occultant d’autres traditions.

Si l’on compare tout à la fois, la liste fournie par T. Hofer, celle de L. Chandra et les buddha figurant sur la présente peinture, on remarque que les buddha ne suivent pas rigoureusement l’ordre des points cardinaux et des points intermédiaires des maṇḍala de Ngor ; leurs couleurs offrent moins de subtilité que celles rapportées par T. Hofer. Nos sources sont muettes pour certaines de leur carnation et de leur position traditionnelle dans l’espace. Les hypothèses présentées ici sont les plus plausibles mais peuvent être l’objet de commentaires ou de corrections.

Si en partant de Bhaiṣajyaguru, et en tournant autour du Buddha Śākyamuni dans le sens faste (pradakṣiṇam) en tenant l’objet de vénération à main droite, on trouve les buddha suivants : à hauteur du trône, Svaraghoṣarāja (sGro-dbyangs rgyal-po) faisant le geste de don. A hauteur de la tête se tient Survaṇabhadravimalaratnaprabhāsa (gSer-bzong dri-med rin-chen-snang) à l’épiderme jaune rougeâtre, faisant le geste d’enseignement des deux mains et situé à l’ouest. Plus haut, on reconnaît Suparikīrtita Nāmaśrī (mTshan-legs yongs-sgrags-dpal), de couleur or, faisant le geste de renonciation (main tendue, paume tournée vers le haut), correspondant au sud. En haut de la composition, trône Abhijṅārāja (mNgon-mkyen rgyal-po), rouge comme le corail, faisant le geste de don, correspondant au nord-est. En descendant, à droite de la composition, nous trouvons successivement Ratnaśikhin (Rin-chen gtsug-tor-cam) –sans doute le Ratnacandrarāja cité par T. Hofer- à l’épiderme jaune, faisant le geste de don –ici de renonciation- et qui correspondrait peut-être au sud-ouest. En dessous Aśokottamaśrī (Myang-ngan-med mchog-dpal), à la carnation rouge pâle et en relation avec le nord-ouest, se tient en méditation. En fin en dessous, Dharmakīrti Sāgaraghoṣa (Chos-sgrags rgya-mtsho‘i dbyangs), à l’épiderne rose selon les textes, esquisse le geste d’enseignement des deux mains et correspondrait au nord. On note ainsi des variantes tant par rapport à la liste des maṇḍala de Ngor que les vignettes xylogravées des Trois cents icones et obéit à une autre tradition rituelle et textuelle.

Plusieurs divinités occupent la partie inférieure de la peinture. De chaque côté de Bhaiṣajyaguru, on reconnaît les deux déesses Tārā, blanche et verte ; dans l’angle inférieur gauche, le bodhisattva Maṅjuṣrī, au milieu le bodhisattva Avalokiteśvara sous son aspect Sadakṣari, en fin dans l’angle inférieur droit une divinité à l’aspect courroucé et à l’épiderme bleue, brandissant un glaive et tenant une coupe crânienne (kapāla), sans doute une forme de Mahākāla.

La peinture, d’une grande finesse, est caractéristique de style sMan-bris.

Provenance: Collection privée, Belgique, depuis 1987.

Art Loss Register Certificate, ref. S00106959.

  • Chandra, Lokesh, Buddhist Iconography, A compact Edition. New Delhi : International Academy of Indian Culture- Aditya Pradaksinam, 1991
  • Hofer, Theresia, (Ed.), Bodies in Balance. The Art of Tibetan Medecine. New York : Rubin Museum of Art, 2014

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