Hayagrīva

Bronze doré
Chine septentrionale
XVIIe siècle
H. 22 cm ou 8 ¾ in

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Description

Dans l’hindouisme, Hayagrīva, « A la tête de cheval », est une épithète désignant deux personnages liés à la tradition vaïsnava ; Ainsi, Hayagrīva est le nom d’un être démoniaque tué par Viṣṇu. à la mythique bataille de Tārakā. Selon des spéculations relativement tardives, il se serait réincarné en Keśin, le plus jeune frère de Kaṁsa et ainsi s’intégrerait magistralement à la légende krishnaïque.

Viṣṇu lui-même, sous un aspect pourvu d’une tête de cheval promulgue les Veda. Sous cette forme effrayante, parfois considérée comme l’un de ses avatāra, il extermine certains démons tels Madhu et Kaiṭabha.

On ignore le lien exact entre les Hayagrīva hindous et la divinité du même nom du bouddhisme tantrique. Dans le bouddhisme mahāyāna, le cheval Balāha, aspect salvateur du bodhisattva Avalokiteśvara, est l’objet d’une pieuse légende. Des développements propres au bouddhisme à partir de cette forme animale particulière expliqueraient peut-être à eux seuls la relation qui unit Hayagriva à Avalokiteśvara. Au Japon, la tradition Shingon semble corroborer cette hypothèse. Hayagrīva (j. Batokannon) y est considéré comme l’un des six principaux aspects d’Avalokiteśvara (j. Kannon).

Le cycle d’Hayagrīva fut prêché au Tibet pour la première fois au XIe siècle par Atīśa (vers 982-1054).

Hayagrīva, divinité mineure, devait cristalliser sur lui la plupart des cultes chevalins rencontrés par le bouddhisme lors de son expansion vers l’Est. Ainsi au Tibet, ce dieu est prié par les vendeurs de chevaux, particularité apparemment explicable par sa seule iconographie et non par les rares légendes collationnées à son sujet. Son culte est de même très répandu en Mongolie, pays d’élevage par excellence.

Au Tibet, ce dieu paradoxal est encore peu étudié. On note cependant sa présence dans trois contextes particuliers. Ainsi son aspect hypocéphale le rapproche du cheval aérien rLung-rta, reproduit sur de nombreux drapeaux de prières. Ces impressions xylographiques sur tissu sont attachées le long de mâts, flottant au vent et ainsi sanctifiant l’espace. Ce cheval merveilleux, porteur de joyaux, sert d’intercesseur entre le monde terrestre et le monde des dieux. Il aide ainsi à transmettre les prières des dévots et à rendre plus efficaces les formules magiques. Les liens entre Hayagriva et rLung-rta paraissent cependant tardifs et le fruit de croyances populaires nées d’une confusion piétiste. rLung-rta a plutôt pour origine le cheval blanc d’Indra, le roi des dieux, du nom d’Uccaiḥśrava, l’un des sept trésors du Souverain universel.

Dans certains textes, tel le Padma thang-yig, l’un des classiques de la littérature rNying-ma-pa qui narre la vie légendaire du religieux Padmasambhava (VIIIe siècle). Hayagrīva soumet le terrible Rudra, transposition démoniaque dans cette perspective du Śiva hindou. Dans d’autres traditions, ce rôle est dévolu au bodhisattva Vajrapani. Ce dernier caractère explique l’évocation de Hayagriva dans certains rituels d’exorcisme. Son hennissement est réputé faire fuir les démons. Ainsi de nombreuses dagues rituelles (Phur-bu) sont sommées d’une ou plusieurs têtes de Hayagriva (Huntinton, 1975, p. 24-25, fig. 29-31).

Hayagriva possède de nombreux aspects. La tête de cheval au sommet du crâne permet toujours et sans hésitation de l’identifier, quelque soit son nombre de têtes et de bras.

Dans l’un de ses ouvrages, le IVe Panchen lama, bLo-bzang bstan-pa’i nyi-ma (1780-1852) nomme cette forme à trois faces et six bras Khro-bo rgyal-po rta-mgrin, « Hayagrīva, le seigneur des krodha ». La présente statuette présente quelques variantes avec cette forme canonique. Ainsi, elle ne possède qu’une seule tête de cheval au dessus du diadème de crâne au lieu des trois prescrites par la Panchen lama. La première main droite tenait le glaive dont le pommeau est encore bien visible  et la troisième le « foudre-diamant » (vajra). La main inférieure gauche tient la corde faite de boyaux humains bien visible, la troisième esquisse le geste de menace (tarjanī mudrā). Les attributs des secondes mains, droite et gauche, respectivement le trident et la flèche, sont ici remplacés par une corde (paśa). De ses huit pieds, le dieu écrase des nœuds de serpents.

Par leur expressivité et leur inventivité, les représentations courroucées des divinités constituent le domaine le plus original de l’art tibétain. La vision menaçante ici produite contraste avec un traitement particulièrement raffiné de l’ornementation, caractéristique supposé des ateliers de Chine septentrionale sous les règnes des deux premiers empereurs Qing, de Kangxi (r.1661-1722) particulièrement , moment de reprise d’un mécénat actif. L’œuvre participe de la même esthétique qu’un Saṁvara à l’Asian Museum de San Francisco (Rhie-Thurman, 1991, p. 278-279, n° 102) et à un moindre degré un Buddha du musée de l’Hermitage de Saint Pétersboug (Rhie-Thurman, op. cit. , p. 84-85, n° 5).

Provenance: Collection privée, Bordeaux, France.

Art Loss Register Certificate, ref. S00106956.

  • Rhie Marylin M. – Thurman Robert A.F., Widom and Compassion ; The Sacred Art of Tibet. San Francisco, Asian Art Museum – New York, Tibet House-Harry N. Abrams, 1991.

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