Le Buddha Śākyamuni

Bronze doré
Mongolie ou province chinoise du Hebei
Début du XVIIIe siècle
H. 13,2 cm ou 5 ¼ in

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Description

Le Buddha figure ici selon son iconographie la plus classique. Assis en position du diamant, le Bienheureux prend de la main droite la terre à témoin de son engagement spirituel (bhūmisparśa mudrā), épisode fameux juste avant son Eveil. De la main gauche, il tient le bol à aumônes dans le giron. Comme sur beaucoup de ses représentations en Asie, l’habit du dessus (uttarāsaṅga) laisse l’épaule droite découverte pour une plus grande liberté de mouvement.

Le canon iconométrique soulignant la largeur des épaules, le socle très haut alternant moulurations et deux larges rangées de pétales de lotus plats et sans décor, l’alliage relativement pondéreux, à très forte proportion en cuivre, et l’épaisse dorure à l’amalgame de mercure particulièrement couvrante sont autant d’indices qui rattachent la statuette à la production de l’atelier de Zanabazar (1635-1723).

Ce pontife, premier des incarnés à la tête de l’église lamaïque mongole (Jebtsündamba-khutukhtu), est connu par le titre honorifique Jṅana Vajra, « Vajra de Connaissance » (par déformation « Zanabazar ») qui lui fut accordé à l’âge de trois ans, premier d’une longue liste de d’épithètes louangeuses acquises au fur et à mesure de sa carrière ecclésiastique. Homme très complet, peu d’activités lui furent étrangères. Artiste réputé, ses sculptures furent célèbres et louées de son vivant. Un petit nombre de bronzes conservés à Ulān Bātar forme un noyau certain autour duquel on tente de reconstituer son œuvre malgré les destructions massives menées par le gouvernement communiste dans les années 1930. On ne possède aucun témoignage sur la marche de ses ateliers tant en Mongolie qu’à Beijing où, familier de l’empereur Kangxi (r. 1672-1722), le pontife fit de très longs séjours dans les trente dernières années de sa vie. On suppose que cette dernière production en Chine septentrionale a continué quelques décennies après sa mort, perpétuant son esthétique à la fois raffinée et archaïsante.

On peut supposer que c’est à l’atelier de Beijing qu’il convient de rattacher la statuette ici commentée. Les pièces les plus fameuses conservées à Ulān Bātar possèdent de petits détails raffinés telles de délicates modulations des pétales de lotus sur le socle ou un petit pan de vêtement en méplat sur l’épaule (Béguin–Dashbaldan, 1993, p. 148-151, n° 15 et 16). Elle est par contre stylistiquement très proche de bronzes présents en 2004 dans le commerce londonien dont elle partage le grand équilibre et la perfection plastique (Rossi-Rossi, n° 2,3 et 4).

Provenance: Collection privée, Suisse.

  • Béguin, Gilles-Dashbaldan Dorjin, Trésors de Mongolie. Paris : RMN, 1993.
  • Rossi, Anna-Maria-Rossi, Fabio, Treasures from Mongolia. Buddhist Sculpture from the School of Zanabazar,. Londres, 2004.