Frise figurant la naissance du Buddha

14 000,00

Schiste
Ancienne région du Gandhāra
IIIe-IVe siècle
D. 19 x 46 cm

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Description

Cette œuvre est un exemple emblématique de l’art gréco-bouddhique du Gandhāra. Elle porte un décor historié très riche et vivant, diffusant une iconographie spécifique.

Une scène essentielle de la vie du Buddha Śākyamuni : sa naissance

C’est au Gandhāra que se met en place de façon progressive l’iconographie du Buddha sous une forme humaine. L’école du Gandhāra met l’accent sur la dernière existence du Buddha historique, ainsi que sur ses vies antérieures ou jātaka. Elle développe un style syncrétique, que l’on retrouve notamment dans l’usage des pilastres et colonnes surmontés de chapiteaux de style hellénistique aux motifs d’acanthes, dispositif bien connu des Grecs qui permet de cloisonner et scander les différents moments d’un récit, comme c’est le cas ici. La scène la plus importante de cette frise est également aisément identifiable : il s’agit de la naissance du Buddha Śākyamuni, le Buddha historique. Comme le veut l’iconographie classique, y est figurée la reine Māyā – la mère de Buddha – à Lumbinī, attrapant une branche de l’arbre śāl avec sa main droite. De son flanc naît le futur Buddha, recueilli dans une étoffe tendue par Indra. À droite, Mahāprajāpatī soutient sa sœur, et lui touche doucement le ventre, comme pour la soulager.

Un héritage hellénistique indéniable, mais pas seulement

Cette scène de la naissance du Buddha est à elle seule un concentré d’influences diverses : le style vestimentaire des personnages témoigne de l’influence stylistique hellénistique et romaine, tantôt drapés de vêtements larges aux plis matelassés rappelant la toge ou l’himation, tantôt le buste musculeux laissé apparent et recouvert de bijoux, rappelant alors les ascendances nomades des tribus Kuṣāṇ (Guishuang, tribu Yuezhi ayant donné le terme Kuṣāṇ). Les coiffures élaborées et les lourdes boucles d’oreille sont, elles, typiquement indiennes. Le scène de droite est plus énigmatique et figure peut-être deux êtres venus célébrer la naissance du Buddha ou les miracles passés et futurs du Bienheureux. Ils se trouvent de part et d’autre d’une table que l’on peut croire remplie de modaka, de petites pâtisseries indiennes, même s’il est difficile de l’affirmer avec certitude. Au-dessus, enfin, apparaissent plusieurs Buddha vénérés par des orants, saynètes chaque fois séparées par des colonnes. Ce cosmopolitisme stylistique est là une caractéristique heureuse de l’art du Gandhāra ; la double influence de la sculpture classique méditerranéenne et indienne donnant tout son charme à cette œuvre en la dotant d’une esthétique forte et d’une grande historicité.

L’art de la narration au Gandhāra

Enfin, il est intéressant de noter la forme incurvée de cette frise : cela indique qu’elle décorait un stūpa. Les monastères du Gandhāra accolaient en effet deux types d’espaces : des cours accessibles aux dévots encombrées de toutes sortes de monuments ex-voto, tels des tumulus-reliquaires (stūpa) et des chapelles, et au-delà une clôture réservée aux seuls moines. Dans les parties publiques, les soubassements des stūpa, les entourages de porte et de fenêtre, les plinthes et même parfois les contremarches des escaliers portaient de nombreux reliefs, juxtaposant motifs décoratifs et scènes narratives apologétiques. C’est le cas de cette frise qui se lisait de droite à gauche selon la pratique traditionnelle de la circumambulation (consistant à tourner de façon rituelle autour de l’objet sacré, en le gardant à main droite, ici le stūpa).

 

Provenance : Collection privée japonaise.