Tête de Jina

38 000,00

Grès
Inde
Circa IXe-Xe siècle
H. 35 cm

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Description

Le jaïnisme, une religion indienne antérieure au bouddhisme
Les sanctuaires jaïns comportent d’innombrables représentations des Tīrthaṅkara, appelés également Jina, êtres omniscients ayant échappé au cycle des réincarnations. Ces personnages hors norme, au nombre de vingt-quatre, s’égrènent durant toute l’histoire du monde et sont chargés de transmettre les fondements de la doctrine jaïne à travers les siècles. Celle-ci est antérieure au bouddhisme et l’un de ses principes fondamentaux est la non-violence (ahiṃsā), qui s’applique à toutes les créatures.
Cette superbe tête pourrait figurer Mahāvīra (le « grand héros ») car elle est nimbée par une fleur de lotus épanouie qui faisait initialement partie intégrante du trône sur lequel reposait la divinité. La figure présente un savant mélange de vigueur expressive et de délicatesse.

La superbe du Jina
Le « Vainqueur » (jina) était sûrement figuré nu comme le veut la tradition, assis en position du lotus, les mains dans le giron, nimbé et protégé par deux parasols superposés. À l’âge de trente ans, le prince Vardhamāna devint un sādhanā (ascète), abandonna au bout de quelques mois tout vêtement jugeant que le détachement du monde exigeait la pratique de la nudité pratiquée par la communauté Digambarā et certains Sādhu, il se livra pendant douze ans et demi à la méditation et à de longues périodes de jeûne. Il atteignit alors l’illumination (mokṣa), qui marque la fin du cycle infernal des réincarnations synonymes de douleur. À travers ce visage à l’expression figée, les sculpteurs figurent l’humilité, la droiture et toutes la vertu morale du saint homme.

Influence de la stylistique Gupta
L’œuvre est caractéristique de la période médiévale de l’Uttar Pradesh ou du Madhya Pradesh, en Inde septentrionale, et son raffinement décoratif si subtile est tout à fait remarquable. Fidèle au canon de l’art gupta, la statuaire jaïne oscille entre profusion des décors et idéalisation austère des portraits. Le modelé tout en rondeur des traits du visage fait encore écho à la grande esthétique classique de l’empire Gupta. Ce fut d’ailleurs à cette même époque, et en empruntant à l’iconographie bouddhique les marques distinctives de la sainteté tels que la protubérance crânienne symbolisant l’intelligence du saint homme, que se fixa le canon jaïn.

 

Provenance : Collection privée, France, acquise chez l’antiquaire parisien Moreau-Gobard au début des années 1970 (by repute), lequel avait acheté l’œuvre dans une grande collection privée française.