Buddha assis

Stuc polychrome
Ancienne province du Gandhāra (Nord du Pakistan).
IIe – IIIe siècle
H. 55 cm

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Description

Au Gandhāra et dans les vastes régions qui subissent son influence, alors que les cours de clôture des monastères ne reçoivent qu’une ornementation des plus sobres, les cours extérieures, accessibles aux dévots, portent témoignage de leur infatigable zèle religieux. Un décor foisonnant couvre les encadrements de porte des chapelles, les contremarches des escaliers et les soubassements des multiples tumulus-reliquaires (stūpa), élevés comme autant d’ex-voto. Les murs sont scandés de niches aux thèmes volontairement répétitifs afin de conférer au monument ordonnance et harmonie. Les matériaux les plus variés étaient employés en fonction des ressources locales et souvent concurremment : schiste bleu-gris, calcaire blanc, stuc comme ici et même terre séchée. Un fin engobe couvrait le tout, dissimulant toute disparité et portant une riche polychromie. L’antique aspect devait fortement différer de leur moderne apparence. Certaines pièces cependant portent témoignage jusqu’à un certain point des couleurs originales. Il en est ainsi de ce beau Buddha méditant.

Attesté au Gandhāra même comme en témoigne le site de Taxila, le stuc fut employé avec brio de l’autre côté de la passe de Khyber dans la région de Jalālābad dans le sud de l’Afghanistan. Les fouilles françaises puis afghanes sur le site de Haḍḍa de mieux comprendre les techniques anciennes des coroplastes. Les statues étaient exécutées aux moules, les formes obtenues repris à la spatule. Souvent les têtes en stuc plus fin étaient cuites à part et collées aux corps à la barbotine. Sur la statue ici commentée, un léger fendillement porte trace d’un tel procédé. Le Buddha est ici représenté en méditation (dhānāsana), les deux mains reposant dans le giron, le corps drapé dans un lourd manteau monastique autrefois de couleur safran. L’un des pans est ramené sous le personnage, l’isolant du sol et retombe sur le devant. Ses plis tuyautés, contraires à tout réalisme, témoignent d’un vrai sens décoratif, accentué par une violente lumière solaire à l’air libre ou par le scintillement de multiples petites lampes dans le tréfonds d’une chapelle.

On remarquera la coiffure constituée de petites mèches folles et ondulantes, repris de poncifs de l’époque hellénistique comme sur les l’Antinoüs du belvédère ou les lutteurs des Offices (Haskell-Penny, 1988, p. 167, n° 74 ; p. 271, n° 126). L’uṣṇīṣa au sommet du crâne, signe de bouddhéité, couvert de mèches, prend l’aspect d’un simple chignon.

Cette imposante statue permet une rare évocation des décors religieux monumentaux des débuts de l’art bouddhique.

Provenance : Collection privée, Europe, depuis 1999.

Exposé: Human and Divine. 2000 Years of Indian Sculptures. Walsall, The New Gallery- Norwich, Sainsbury Centre of Visual Arts- Southampton, City Art Gallery, 2000-2001.

Publication: Khanna, Bairaj – Michell George, Human and Divine: 2000 years of Indian Sculptur Londres: National Touring Exhibitions (Hayward Gallery), 1999, p. 26, cat. 22.

  • Haskell, Francis – Penny, Nicholas, Pour l’amour de l’Antique. La statuaire gréco-romaine et le goût européen 1500-1900. Paris : Hachette, 1988.