Viṣṇu et sa parèdre

38 000,00

Grès
Népal, vallée de Kāthmāndu
Fin de l’époque du Malla récent (1482-1768)

H. 46 cm

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Description

Śiva et son épouse Umā constitue l’un des sujets principaux de l’iconographie śaiva (Umāmaheśvara), principalement au Népal où le thème, largement reproduit, sera enrichi de nombreux personnages secondaires. En Inde bien évidemment, mais également dans la vallée de Kāthmāndu, on représentera en couple les deux autres grands dieux de l’hindouisme, ici Viṣṇu.

Le dieu tient de ses bras multiples ses attributs habituels, ainsi en partant de la première main droite et en tournant dans un sens faste, on rencontre successivement la conque (śaṅkha)), le disque (cakra) et la massue (gadā). De sa quatrième main, Viṣṇu enlace sa compagne. Il convient de noter que ces attributs ne sont pas répartis de la manière la plus habituelle mais le culte largement répandu au Népal des « hypostases » (Vyūha,), doctrine propagée par la secte des Pāṅcarātra, multiplie dans l’iconographie les formes secondaires de Viṣṇu, différenciées seulement les unes des autres par l’ordre des attributs traditionnels. La déesse, tendrement blottie contre la poitrine de son époux, fait de la main droite le geste de don et de la gauche, ramenée devant la poitrine en un geste d’apaisement, tient l’extrémité d’un lotus (padma) dont la fleur s’épanouit à la hauteur de l’épaule. Les pieds du dieu reposent sur un tabouret d’osier, la déesse quant à elle est assise sur un lotus. En bas, sur les côtés, se tiennent les montures du couple divin. Si le rapace semi-anthropomorphe Garuda est bien reconnaissable, la déesse est associée de manière paradoxale à une tortue (kurma). La tortue est le véhicule de la déesse Yamunā, personnification de l’un des deux plus grands fleuves de l’Inde du Nord. Sa présence ici auprès du dieu n’est pas justifiée et ne permet pas de douter de l’identification de la déesse à Devī ou à Śrī, la compagne habituelle de Viṣṇu. Il convient de noter que Garuda, dans la mythologie, est associé à une tortue du nom de vibhāvasu qu’il repêcha dans le lac Ālamba avant de la dévorée (Mallmann, 1963, p. 266). Yamunā quant à elle est parfois associée à Śiva mais non à Viṣṇu comme pourrait l’être la déesse Gangā (Bonnefoy, 1993, p. 101).

De telles stèles étaient partout nombreuses dans la vallée de Kāthmāndu, ornant de multiples lieux sacrés, particulièrement les fontaines et les bassins répartis partout dans les villes. Le bain royal dans la cour Sundari chok du palais de Patan (1670) présente une multiplication de telles stèles, aux iconographies inhabituelles et complexes, rendues parfois déroutantes encore par la tendance au syncrétisme religieux de l’époque. Malgré sa belle facture, la stèle ici commentée ne peut prétendre provenir d’un lieu aussi prestigieux, objet de la munificence royale.

Provenance : Collection privée, Royaume-Uni, depuis les années 70.

  • Bonnefoy, Yves (Ed.), Asian Mythologies,. Chicago-London : Chicago University Press, 1993
  • Mallmann, Marie-Thérèse, Les enseignements iconographiques de l’Agni-Purana. Paris : P.U.F., 1963.