Tête de Kālī

12 000,00

Grès rose
Inde du centre
Circa Xe siècle
H. 22 cm

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Description

Une iconographie courroucée
Expression de la nature complexe et ambigüe de Śiva, les yeux exorbités, les pupilles dilatées, le front ceint d’un diadème de têtes (kapāla) et de mains coupées (chinnahasta), cette figure représente vraisemblablement la divinité féminine Kālī (« la noire »). Cette figure farouche (ugra) incarne l’une des multiples manifestations de la Grande Déesse encore appelée Mahādevī, parèdre de Śiva et mère de la Trimūrti, à l’origine de toute création. La présence d’un troisième oeil ne fait aucun doute, il s’agit d’une contrepartie farouche, énergie personnifiée (Śakti) de Śiva. La chevelure quant à elle, traitée en bouclettes rabattues sur le devant du crâne et dans la coiffure, atteste du caractère féminin de cette figure, écartant potentiellement l’identité de Bhairava, davantage représenté avec un chignon (jaṭā-mukuṭa). Son association au monde des morts sinon à celui de formes belliqueuses et guerrières, est confirmée par l’imposant diadème de têtes et de mains coupées, symboles de libération du mal et de la vanité.

Un témoin des évolutions doctrinales du Nord de l’Inde
Kālī est particulièrement prisée du Nord de l’Inde dont elle reste l’une des divinités les plus adorées au Bengale et dans le sud Chola. Mentionnée dans le Devī-māhātmyam dès le VIe siècle, elle apparaît lors d’un combat entre forces divines et démoniaques. Les dieux firent appel à elle alors qu’ils ne parvenaient pas à vaincre le démon Raktabīja dont chaque goutte de sang qui tombait au sol donnait naissance à un nouveau démon. Lors de la bataille contre Raktabīja, après être apparue du troisième oeil de Durgā, elle se servit de sa langue pour empêcher le sang du démon de tomber au sol et parvint à triompher du mal. Depuis, Kālī est considérée comme une des formes les plus puissantes de la Śakti, ou déesse mère censée rétablir l’équilibre entre les forces du bien et du mal par la destruction. Son identité est davantage associée au charnier, évoquée par la représentation de têtes et mains coupées disposées en avant de la chevelure.

Une esthétique post-gupta
Le grès rose est une pierre particulièrement présente dans le centre et le Nord de l’Inde (Uttar Pradesh ; Madhya Pradesh) où se prolonge une esthétique post-gupta durant la période médiévale, marquée par des formes pleines et rondes, une tendance à des formes essentialisées, des visages poupins, des cils incisés en un mince filet graphique, caractéristiques que l’on voit s’épanouir sur toute la période des Gurjara Pratihara (730-1027) ainsi que des Rashtrakuta (750-973). Cette tête spectaculaire s’inscrit parfaitement dans ce contexte.

Provenance : Collection Eskenazi, Milano, 1983.
Collection Marco Polo Gallery Paris.
Sotheby’s New York, 24 september, 1997, lot 175.
Sotheby’s London, 21 October, 1993, lot 542.

 

Publication : Eskenazy, Sculture dell’India ClassicaIV secolo a.C-XI secolo d.C, catalogue, Milano, 7 April -7 May 1983, p. 91, lot 67.