Tête de bodhisattva Maïtreya

28 000,00

Schiste
Ier-IIIe siècles
Ancienne région du Gandhāra
H. 24 cm

Vue à 360°

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Description

Le Bodhisattva, une image de la compassion

Cette sculpture en schiste représente le Bodhisattva Maïtreya, un des plus populaires dans la tradition bouddhique. Le Bodhisattva est reconnaissable à ses lākṣaṇa ou signes du Grand Homme, qui l’assimilent à un Buddha du futur. Il s’agit ici de sa protubérance crânienne, l’uṣṇīṣa, ainsi que sa touffe de poils au milieu des sourcils, appelée ūrṇā. Ces codes iconographiques se fixent aux premiers siècles de notre ère, en même temps qu’apparaissent les premières occurrences de représentations anthropomorphes du Buddha, rompant ainsi avec une longue tradition aniconique.

Un art nouveau

Ce changement de paradigme trouve son origine dans le développement d’un nouveau courant religieux, le Bouddhisme Mahāyāna, aussi appelé Bouddhisme du Grand Véhicule. Les Bodhisattva jouent un rôle majeur dans ce courant religieux, et interviennent comme intercesseur auprès des fidèles. Ces Buddha du futur, qui retardent le moment de leur éveil afin d’aider les fidèles dans leur quête spirituelle, favorisent particulièrement l’essor de ce courant religieux. Ce dernier touche désormais un nombre plus grand de fidèles, et n’est plus réservé à une élite monastique austère. A l’instar du bouddhisme Mahāyāna, l’art religieux se fonde sur l’approche sensible des représentations, jouant sur la connivence avec le fidèle. Les images des Bodhisattva incarnent la compassion, et l’art empreint de douceur se détourne ainsi de l’élite. La production statuaire du Gandhāra, dont cette tête fait partie, recouvre la fervente réalité religieuse des premiers siècles de notre ère dans cette région. Les sculpteurs inspirent la vitalité à leurs œuvres par un traitement très sensible des chairs et du modelé. Il s’agit de frapper l’âme des spectateurs, de les impressionner, dans une recherche permanente de la meilleure manière de toucher les fidèles, notamment par les images empreintes d’humanité des Bodhisattva.

Le syncrétisme des images

Maitreya a un visage régulier, un nez fin et droit, un menton replet, et une bouche délicatement ourlée surmontée par une moustache bouclée. De la même manière, son épaisse chevelure est traitée en boucles souples dont les mèches sont ramenées à l’arrière du crâne. Tous ces éléments s’inscrivent dans l’art hellénistique, et témoignent de l’installation de grecs dans la région. Ses grands yeux aux pupilles incisées sous forme de spirales se placent sous des arcades sourcilières saillantes, participant ainsi au réalisme et à la vivacité de son regard, dans un effort d’humanisation des images religieuses. Sa moustache bouclée et finement détaillée par de légères incisions témoignent quant à elle de la mode en vogue chez les hommes de l’élite Kuṣāṇa. Ces derniers se font d’ailleurs souvent représentés sous les traits de Bodhisattva, devenant des sujets privilégiés de projection de leur puissance. Venus d’Asie centrale, les souverains Kuṣāṇa (Ier-IIIe siècles) sont les principaux mécènes au sein de cette zone géographique, et c’est sous leur impulsion que l’art du Gandhāra connait un formidable développement. C’est un véritable empire, qui comprenait des territoires allant de l’Ouzbékistan à l’Inde du Nord. Ce puissant royaume se situe au carrefour de nombreuses influences, notamment de ses voisins grecs, -successeurs d’Alexandre -, en Asie centrale; puis de l’empire romain qui conquiert ces territoires. Ce style syncrétique, si original dans l’art bouddhique, connait une grande postérité au Gandhāra, lui assurant ainsi sa popularité.

Provenance: ancienne collection particulière française, avant 1970