Le dieu tutélaire Saṁvara sous son aspect Śrīcakra

13 000,00

Pigments à la détrempe sur toile
Tibet
XIXe siècle
H. 46 cm ou 18 ⅛ in

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Description

Le bouddhisme ésotérique indo-tibétain (Vajrayāna) accorde une grande importance à des divinités particulières, à l’iconographie complexe, personnification de traités spéculatifs et rituels (iṣṭa devatā, littéralement « divinités de prédilection »).

Le dieu double, Hevajra – Saṁvara, occupe une place privilégiée dans toutes les écoles monastiques tibétaines. Ici, Saṁvara (tibétain : bDe-mchog) figure sous son aspect le plus courant, Śrīcakra.

La divinité, à l’épiderme bleu selon les textes, debout dans une attitude fendue vers la gauche, possède quatre faces et douze bras. Selon la Niṣpannayogāvali, traité sanskrit rédigé par le religieux Abhayākaragupta vers 1100, les attributs tenus par les mains droites sont le vajra, le trident, le couperet, la hache, le tambour-sablier (damaru) et la peau d’éléphant. De même, les mains gauches tiennent la clochette, les têtes du dieu hindou Brahmā, la corde, la coupe crânienne emplie de sang, le « sceptre tantrique » (khaṭvaṅga) et l’autre extrémité de la peau d’éléphant.

De ses mains principales, le dieu enlace la déesse Vajravārāhī (rDo-rje phag-mo) brandissant le vajra et tenant la clochette dans la main accrochée au cou de son partenaire. Sous la forme Śrīcakra, la jambe gauche levée, enlace la cuisse du dieu ; la jambe gauche reste tendue le long de celle de son conjoint.

En dessous du couple divin, se tient Mahākāla (mGon-po), l’un des huit gardiens de la religion, sous son aspect Nag –po chen-po, à quatre têtes et quatre bras. A ses côtés, diverses offrandes et symboles des cinq sens sont présentés devant un paysage montagneux.

Dans la partie supérieure figurent trois « grand Accomplis » (mahāsiddha), religieux hétérodoxes à l’origine des traités ésotériques de la tradition indo-tibétaine. Parmi eux, on reconnaît de gauche à droite Birvāpa (Virūpa), la main levée afin d’arrêter le soleil, le saint homme excentrique ne pouvant s’acquitter d’une dette avant la fin du jour. Au centre de la composition, Ḍamarūpa, brandit le tambour-sablier « à boules fouettantes ». Enfin à droite, pourrait se tenir Kṛṣṇapa, souvent associé aux deux autres mystiques.

L’œuvre participe des peintures noires (nag-thang), le genre le plus original et créatif de la peinture tibétaine des deux derniers siècles. Quelques rares oeuvres de ce type remontent au XVIIe siècle mais leur origine doit être plus ancienne, transposant sur rouleaux portatifs les décors muraux des chapelles obscures réservées aux divinités protectrices. Le procédé serait naturellement étendu, comme ici, à d’autres divinités à l’aspect farouche. La peinture d’ailleurs appartenait à un groupe de thangka représentant d’autres dieux titulaires (même vente, lots 87 et 88). Sur les compositions de ce type les plus réussies, les dieux semblent surgir du néant comme lors d’une vision obtenue par le tantrisant d’une séance de méditation. Cet effet est ici particulièrement réussi.

Provenance: Acquis à Kalimpong au début des années 70. Collection d’Ariane Macdonald.