Lama

Bronze doré
Tibet
XVIIe – XVIIIe siècle
H. 23 cm ou 9 ⅛ in

Catégorie : Étiquette :

Description

Le religieux fait de la main droite le geste d’enseignement (vitarkamudrā), la main gauche reposant dans le giron. Beaucoup d’ecclésiastiques sont ainsi représentés, la plupart pouvant être identifiée par un attribut posé dans le creux de la main gauche, le livre de leurs écrits ou un bol à aumônes le plus souvent. A l’examen, il ne semble pas que ce fut le cas de la présente statuette. La dorure parfaite ne montre aucune trace d’arrachement d’un élément disparu. La main d’ailleurs esquisse un léger mouvement des doigts caractéristique. La coiffe très haute pourvue de longs rabats permet de rattacher notre moine à l’ordre des dGe-lugs-pa.

Dans le panthéon de l’Aṣṭasāhasrikā, (Chandra, 1991) plusieurs religieux possèdent la même iconographie que la statuette ici concernée. La plupart esquisse le même léger mouvement des doigts de la main gauche (P. 437, n° 1227, Tshul-khrims-‘bar ; p. 443, n° 1251, Chos-kyi-rgyal-mtshan ; p. 482, n° 1409, Yongs-‘dzin bLo-bzangs bstan-‘dzin ; p. 501, n° 1483, Na-bza’ Brag-phug-pa et p. 502, n° 1492, bsLab-gsum-rgyal-mtshan).

Le personnage est assis sur deux coussins superposés, indication d’un rang important dans la communauté.

L’œuvre possède de grandes qualités plastiques. Le visage stylisé, aux traits ethniques accusés, pourrait être un portrait véritable. Les drapés présentent par endroits des plis très accusés. Ainsi dans le dos, ceux du manteau sont traités avec une vigueur inhabituelle, tout à fait remarquable. Ce traitement particulièrement puissant n’interdit pas une ornementation soignée. Le col de la robe monastique et le manteau sont pourvus de galons de textile chinois aux délicats motifs gravés. Il en est de même des coussins du siège.

Les représentations de saints hommes sont considérées comme des « reliques du corps » au même titre que leurs restes organiques. La ferveur qui y est attachée et même leur simple présence permettent d’apporter des mérites. Il convient de les distinguer des « reliques de cœur », constituées de leurs objets personnels, souvent rituels, distribuées à leurs disciples préférés, et des « reliques d’esprit », somme de leur enseignements spirituels et de leurs écrits. La multiplication des lamas incarnés (sPrul-sku) aux XVIIIe et XIXe siècle occasionna la multiplication des portraits de religieux et de leur lignée spirituelle recomposée a posteriori. Parmi cette immense production, le présent portrait tranche par sa qualité plastique et ses traits sino-mongols accusés.

Par un parfait équilibre entre les traditions tibétaines et des motifs d’origine chinoise, la statuette est un parfait exemple de l’art tibétain des derniers siècles.

Provenance: Collection privée.

Art Loss Register Certificate, ref. S00125944.

Ouvrage cité :

  • Chandra, Lokesh, Buddhist Iconography (compact Edition). New Deihi : International Academy of Indian Culture-Aditya Prakashan, 1991.